—Non, excellence, au contraire, répond la vieille, je me sens beaucoup mieux, et j'allais me lever.

—Gardez-vous-en bien, ma bonne Marie! gardez-vous-en bien! je ne le souffrirai pas. Le pouls est petit, saccadé, sec, profond; il y a pléthore.

—Eh mon Dieu! monsieur, qu'est-ce que c'est que cette maladie-là?

—C'est un engorgement des canaux qui conduisent le sang veineux aux extrémités et qui ramènent le sang artériel au coeur.

—Et c'est dangereux, excellence?

—Tout est dangereux, ma pauvre Marie, pour le philosophe; mais pour le chrétien tout est louable: la mort elle-même qui, pour le philosophe, est une cause de terreur, est pour le chrétien un objet de joie; le philosophe essaie de la fuir, le chrétien se hâte de s'y préparer.

—Monsieur, voudriez-vous dire que l'heure est venue de penser au salut de mon âme?

—Il faut toujours y penser, ma bonne Marie, c'est le moyen de ne pas être pris à l'improviste.

—Et qu'il serait temps que je me préparasse?

—Non, non, certainement; vous n'en êtes pas là; mais à votre place, ma bonne Marie, j'enverrais toujours chercher le viatique.