On fut un an à peu près sans entendre aucunement parler de don Philippe Villani. Les uns disaient qu'il était passé en France, où il s'était fait entrepreneur de chemins de fer; les autres, qu'il était passé en Angleterre, où il avait inventé un nouveau gaz.

Mais personne ne pouvait dire positivement ce qu'était devenu don Philippe Villani, lorsque, le 15 du mois de novembre 1835, la congrégation des pèlerins reçut l'avis suivant:

«Le sieur don Philippe Villani étant décédé du spleen, la vénérable confrérie des pèlerins est priée de donner les ordres les plus opportuns pour ses obsèques.»

Pour que nos lecteurs comprennent le sens de cette invitation, il est bon que nous leur disions quelques mots de la manière dont se fait à Naples le service des pompes funèbres.

Une vieille habitude veut que les morts soient enterrés dans les églises: c'est malsain, cela donne l'aria cattiva, la peste, le choléra; mais n'importe, c'est l'habitude, et d'un bout de l'Italie à l'autre on s'incline devant ce mot.

Les nobles ont des chapelles héréditaires enrichies de marbres et d'or, ornées de tableaux du Dominiquin, d'André del Sarto et de Ribeira.

Le peuple est jeté pêle-mêle, hommes et femmes, vieillards et enfans, dans la fosse commune, au milieu de la grande nef de l'église.

Les pauvres sont transportés par deux croque-morts dans une charrette au Campo-Santo.

C'est le plus cruel des malheurs, le dernier des avilissemens, la plus cruelle punition qu'on puisse infliger à ces malheureux qui ont bravé la misère toute leur vie, et qui n'en sentent le poids qu'après leur mort. Aussi, chacun de son vivant prend-il ses précautions pour échapper aux croque-morts, à la charrette et au Campo-Santo. De là les associations pour les pompes funèbres entre citoyens; de là les assurances mutuelles, non pas sur la vie, mais sur la mort.

Voici les formalités générales de réception pour être admis dans un des cinquante clubs mortuaires de la joyeuse ville de Naples. Un des membres de la société présente le néophyte, qui est élu frère par les votes d'un scrutin secret: à partir de ce moment, chaque fois qu'il veut se livrer à quelque pratique religieuse, il va à l'église de sa confrérie: c'est sa paroisse adoptive; elle doit, moyennant une légère contribution mensuelle, le communier, le confirmer, le marier, lui donner l'extrême-onction pendant sa vie, et enfin l'enterrer après sa mort. Le tout gratis et magnifiquement.