Tout paraissait dans le même état où il l'avait laissé. La porte d'entrée était fermée à clef à double tour comme il l'avait fermée. Le comte entra dans l'église, s'approcha de l'autel, leva la marche, tira la cheville, la secoua, mais inutilement; il n'y avait plus de clef: sans doute, l'inconnu était revenu en son absence et était à cette heure dans le souterrain.
Cette fois, nous l'avons dit, don Ferdinand était décidé à ne plus reculer devant rien: il se releva, pâle, mais calme; il examina les amorces de ses pistolets, s'assura que son épée sortait librement du fourreau, et s'avança vers la muraille pour écouter s'il n'entendrait pas quelque bruit; mais, au moment où il approchait son oreille du trou, la porte s'ouvrit, et don Ferdinand se trouva face à face avec l'homme au manteau.
Tous deux firent d'instinct un pas en arrière, en s'éclairant mutuellement avec la lanterne que chacun d'eux tenait à la main. L'homme au manteau vit alors que celui à qui il avait affaire était presque un enfant, et un sourire dédaigneux passa sur ses lèvres. Don Ferdinand vit ce sourire, en comprit la cause, et résolut de prouver à l'inconnu qu'il se trompait à son égard, et qu'il était bien un homme.
Il y eut un moment de silence pendant lequel tous deux tirèrent leurs épées, car l'inconnu avait une épée sous son manteau; seulement il n'avait pas de pistolets.
—Qui êtes-vous, monsieur? demanda impérieusement don Ferdinand, rompant le premier le silence; et que venez-vous faire à cette heure dans cette chapelle?
—Mais qu'y venez-vous faire vous-même, mon petit monsieur? répondit en ricanant l'inconnu; et qui êtes-vous, s'il vous plaît, pour me parler de ce ton?
—Je suis don Ferdinand, fils du marquis de San-Floridio, et cette chapelle est celle de ma famille.
—Don Ferdinand, fils du marquis de San-Floridio! répéta l'inconnu avec étonnement. Et comment êtes-vous ici à cette heure?
—Vous oubliez que c'est à moi d'interroger. Comment y êtes-vous vous-même?
—Ceci, mon jeune seigneur, reprit l'inconnu en sortant du corridor, en fermant la porte et en mettant la clef dans sa poche, c'est un secret qu'avec votre permission je conserverai pour moi seul, car il ne regarde que moi.