—Dieu l'a voulu ainsi, répondit la jeune fille, en me donnant un frère et une soeur aînés, auxquels mon père réserve toute notre fortune. Alors, comme il ne restait pas de dot pour moi, on m'a fiancée à Dieu qui semblait m'avoir réservée ainsi pour lui.

—Et c'est votre père qui a exigé de vous un pareil sacrifice? demanda don
Ferdinand.

—C'est mon père, répondit Carmela en levant ses beaux yeux au ciel.

—Et comment appelle-t-on ce barbare?

—Le comte don Francesco de Terra-Nova.

—Le comte de Terra-Nova! s'écria don Ferdinand; mais c'est l'ami de mon père.

—Oh! mon Dieu, oui; et tout ce que j'ai pu obtenir de lui, à ce titre, c'est que j'entrerais au couvent de votre tante.

—Et c'est sans regret que vous avez renoncé au monde? demanda don
Ferdinand.

—Je n'avais encore vu du monde que ce qu'on peut en apercevoir à travers les grilles d'une jalousie, lorsque je suis entrée dans ce couvent, répondit Carmela; aussi je n'avais aucun motif de le regretter, et j'espérais que la solitude serait pour moi le bonheur ou du moins la tranquillité. Quelque temps je demeurai dans cette croyance, mais hélas! J'ai reconnu mon erreur, et c'est avec une crainte mortelle, je l'avoue, que je vois arriver le moment où je prononcerai mes voeux.

—Oh! oui, dit don Ferdinand, cela se voit facilement; vous n'étiez pas née pour vivre dans un cloître. Il faut pour cela un coeur inflexible, et vous, vous avez le coeur humain et pitoyable, n'est-ce pas?