Je ne répondis rien; mais, à la visite suivante, Cantarello me trouva vêtue en homme.
—Venez, me dit-il.
—Un instant, m'écriai-je, vous me jurez que vous me ramènerez ici.
—Dans une heure vous y serez.
—Je vous suis.
Cantarello marcha devant moi, ferma la première porte, et nous nous trouvâmes dans un corridor. Dans ce corridor était une seconde porte qu'il ouvrit et qu'il ferma encore, puis nous montâmes dix ou douze marches, et nous nous trouvâmes en face d'une troisième porte.
Cantarello se retourna vers moi, tira un mouchoir de sa poche et me banda les yeux. Je me laissai faire comme un enfant; je me sentais tellement en la puissance de cet homme, qu'une observation même me semblait inutile.
Lorsque j'eus les yeux bandés, il ouvrit la porte, et il me sembla que je passais dans une autre atmosphère. Nous fîmes quarante pas sur des dalles, quelques-unes retentissaient comme si elles recouvraient des caveaux, et je jugeai que nous étions dans une église. Puis Cantarello lâcha ma main et ouvrit une autre porte.
Cette fois je jugeai, par l'impression de l'air, que nous étions enfin sortis, et du caveau et de l'église, et sans donner le temps à Cantarello de me découvrir les yeux, sans songer aux suites que pouvait avoir mon impatience, j'arrachai le mouchoir!
Je tombai à genoux, tant le monde me parut beau! Il pouvait être quatre heures du matin, le petit jour commençait à poindre; les étoiles s'effaçaient peu à peu du ciel, le soleil apparaissait derrière une petite chaîne de collines; j'avais devant moi un horizon immense: à ma gauche des ruines, à ma droite des prairies et un fleuve; devant moi une ville, derrière cette ville la mer.