—O mon Dieu! m'écriai-je, en me rappelant cette vieille histoire d'un marquis de San-Floridio qui, du temps des Espagnols, avait passé dix ans dans un souterrain, souterrain si bien caché que ses ennemis les plus acharnés n'avaient pu le découvrir.

—Oui, c'est cela, dit Luigi, comprenant ma pensée; oui, nous sommes dans le caveau du marquis Francesco, et aussi bien cachés aux yeux des hommes que si nous étions déjà dans notre tombe.

Je compris alors combien il était heureux que je n'eusse pas cédé à ce mouvement qui m'avait portée à appeler au secours.

—Eh bien! me demanda Luigi après un long silence, as-tu conçu quelque espérance? as-tu formé quelque projet?

—Écoute, lui dis-je. Parmi ces deux femmes, il y en avait une, la plus jeune, qui me regardait avec intérêt; c'est à elle qu'il faudrait parvenir à faire savoir qui nous sommes et où nous sommes.

—Et comment cela?

J'allai à la table et je pris deux feuilles de papier blanc dans lesquelles étaient enveloppés quelques fruits.

—Il faut, dis-je à Luigi, mettre à part et cacher tout le papier que désormais nous pourrons nous procurer; j'écrirai dessus toute notre malheureuse histoire, et, un jour où je sortirai, je la glisserai dans la main de la jeune femme.

—Mais si malgré tout cela on ne retrouve pas l'entrée du caveau, si Cantarello arrêté se tait, et si, Cantarello se taisant, nous restons ensevelis dans ce tombeau?

—Ne vaut-il mieux pas mourir que de vivre ainsi?