Sainte Madone du Rosaire, priez pour nous!
Oh! écoutez-moi, écoutez, vous dont je ne sais pas le nom; vous, mon seul espoir; vous qui, femme comme moi, mère comme moi, devez avoir pitié de mes souffrances; écoutez, écoutez!
Cantarello sort d'ici. Deux mois et demi s'étaient écoulés sans qu'il parlât de rien; enfin, aujourd'hui, il m'a offert de sortir dans huit jours; j'ai accepté. Dans huit jours il viendra me prendre; dans huit jours mon sort sera entre vos mains; vos yeux, vos paroles, toute votre personne a paru me porter de l'intérêt.—Ma soeur en Jésus-Christ, ne m'abandonnez pas!
Vous trouverez toute cette histoire chez vous après mon départ. Sur mon salut éternel, sur la tombe de ma mère, sur la tête de mon enfant! c'est la vérité pure, c'est ce que je dirai à Dieu quand Dieu m'appellera à lui, et à chacune de mes paroles l'ange qui accompagnera mon âme au pied de son trône dira en pleurant de pitié:
—Seigneur, c'est vrai!
Écoutez donc: aussitôt que vous aurez trouvé ce manuscrit, vous irez chez le juge, et vous lui direz qu'à un quart de lieue de chez lui, il y a trois malheureux qui gémissent ensevelis depuis huit ans: un mari, une femme, un enfant. Si Cantarello est votre parent, votre allié ou votre ami, ne dites au juge rien autre chose que cela, et sur la madone! je vous jure qu'une fois hors d'ici, pas un mot d'accusation ne sortira de ma bouche; je vous jure sur cette croix que je trace, et que Dieu me punisse dans mon enfant si je manque à cette sainte promesse!
Vous ne lui direz donc rien autre chose que ceci:—Il y a près d'ici trois créatures humaines plus malheureuses que jamais aucune créature ne l'a été; nous pouvons les sauver: prenez des leviers, des pinces; il y a quatre portes, quatre portes massives à enfoncer avant d'arriver à eux. Venez, je sais où ils sont, venez.—Et s'il hésitait, vous tomberiez à ses genoux comme je tombe aux vôtres, et vous le supplieriez comme je vous supplie.
Alors il viendra, car quel est l'homme, quel est le juge qui refuserait de sauver trois de ses semblables, surtout lorsqu'ils sont innocents? Il viendra, vous marcherez devant lui et vous le conduirez droit à l'église.
Vous ouvrirez la porte, vous conduirez le juge à la chapelle à droite, celle où il y a au-dessus de l'autel un saint Sébastien tout percé de flèches; lorsque vous serez arrivés à l'autel, écoutez bien, il y a deux pilastres à gauche. La porte doit être pratiquée entre ces deux pilastres. Peut-être ne la verrez-vous point d'abord, car elle est admirablement cachée, à ce qu'il m'a paru; peut-être, en frappant contre le mur, le mur ne trahira-t-il aucune issue; car, comprenez bien, c'est le mur même qui forme l'entrée du souterrain; mais l'entrée est là, soyez-en sûre, ne vous laissez pas rebuter. Si elle échappait d'abord à vos recherches, allumez une torche, approchez-la de la muraille, je vous dis que vous finirez par trouver quelque serrure imperceptible, quelque gerçure invisible, ce sera cela. Frappez, frappez: peut-être vous entendrons-nous, nous saurons que vous êtes là, cela nous donnera l'espoir du courage. Vous saurez que nous sommes derrière à vous entendre, à prier pour vous, oui, pour vous, pour le juge, pour tous nos libérateurs quels qu'ils soient; oui, je prierai pour eux tous les jours de ma vie comme je prie en ce moment.
C'est bien clair, n'est-ce pas, tout ce que je vous dis là? Dans l'église des marquis de San-Floridio, la chapelle à droite, celle de Saint Sébastien, entre les deux pilastres. Oh! mon Dieu, mon Dieu! je tremble tellement en vous écrivant, ma libératrice, que je ne sais pas si vous pourrez me lire.