Tout était arrêté, il ne s'agissait plus que de donner avis au capitaine Arena de la résolution que nous avions prise, afin qu'il fît le tour de la Sicile avec son bâtiment et vînt nous rejoindre à Palerme. En conséquence, on me chercha un messager qui, moyennant une demi-piastre, se chargea de porter ma dépêche jusqu'au port. Elle contenait l'invitation à notre brave patron de venir nous parler le lendemain avant neuf heures, et la désignation de quelques objets de première nécessité, qui devaient constituer notre bagage de voyageurs, et à l'aide desquels nous attendrions tant bien que mal, à Palerme, le reste de notre roba.
Sur ce, monsieur Politi, voyant que nous paraissions fort désireux de gagner notre chambre, prit congé de nous en s'offrant d'être en personne notre cicerone pour le lendemain, et en nous priant de prévenir notre hôte que nous dînions ce jour-là en ville.
LE COLONEL SANTA-CROCE
Grâce à la discrétion de monsieur Politi, qui nous avait permis de nous retirer de bonne heure, nous étions le lendemain sur pied et prêts à le suivre, lorsqu'il vint nous prendre à six heures. La chaleur, répercutée par les rochers nus sur lesquels nous marchions, avait été si étouffante la veille, que nous avions résolu d'y échapper autant que possible en nous mettant en campagne dès le matin.
Nous sortîmes par la même porte que la veille, accompagnés de monsieur Politi et suivis de notre ami Ciotta, dont nous avions été bien tentés de nous débarrasser, mais qui, pareil au jardinier du Mariage de Figaro, n'avait pas été si sot que de renvoyer de si bons maîtres. En attendant qu'il nous donnât des preuves de son érudition, il nous donnait des marques de sa bonne volonté, en portant le parasol, le tabouret et la boîte à couleurs de Jadin.
La première trace d'antiquités que nous rencontrâmes fut des sépulcres creusés dans le roc même, comme j'en avais déjà rencontré de pareils à Arles et au village de Baux; je laissai Jadin s'enfoncer avec monsieur Politi dans une profonde discussion scientifique, et je m'acheminai avec Ciotta vers un petit édifice carré d'une construction assez élégante, porté sur un soubassement et orné de quatre pilastres. Après avoir inutilement essayé de me rendre compte, par ma propre science archéologique, de l'ancienne destination de cet édifice, force me fut de recourir à l'érudition de Ciotta, et je lui demandai s'il avait une opinion sur cette ruine.
—Certainement, Excellence, me dit-il, c'est la chapelle de Phalaris.
—La chapelle de Phalaris! répondis-je assez étonné de cette singulière alliance de mots. Vous croyez?
—J'en suis sûr, Excellence.
—Mais de quel Phalaris? demandai-je, car, au bout du compte, il pouvait y en avoir eu deux, et la réputation du premier pouvait avoir nui à l'illustration du second.