—Allons, allons, dit maître Gaëtano, je vois que tout cela peut s'arranger, et Votre Excellence, je l'espère, quittera ma maison satisfaite de l'hôte et de l'hôtel.
—J'en ai l'espoir, mon cher monsieur Pacca; mais, en attendant le dîner, qui, j'en ai peur, se fera attendre, n'avez-vous rien à me donner à lire pour me distraire?
—Si fait, Excellence, si fait, reprit maître Gaëtano en ouvrant une armoire où moisissaient quelques mauvais bouquins dépareillés. Voici le Guide du voyageur en Sicile, par l'illustre docteur Francesco Ferrara; voici deux volumes des Poésies légères, de l'abbé Meli; voici le Traité de la Jettature, par maître Nicolao Valetta; voici l'Histoire du terrible bandit Luigi Lana, ornée de son portrait dessiné d'après nature…
—Ah! diable! mon cher hôte, donnez-moi ce livre; donnez vite, je vous prie, je suis curieux de voir quelle figure on lui a faite.
—Voilà, Excellence, voilà.
—Peste… mais savez-vous que c'est un fort vilain monsieur, que votre ami Luigi Lana, avec ses grosses moustaches, ses yeux à fleur de tête, ses cheveux mal peignés, son chapeau en pain de sucre et ses pistolets à la ceinture?
—Eh bien! cette copie, si terrible qu'elle soit, n'est encore rien auprès de l'original.
—Vraiment?
—Je puis l'affirmer à Votre Excellence.
—Vous l'avez donc vu, mon cher monsieur Pacca? demanda le jeune colonel en se balançant sur sa chaise, et en regardant l'aubergiste de son air le plus goguenard.