—C'est que tous les apprêts du supplice devront être faits comme si le supplice avait lieu. Vous vous confesserez ce soir comme si vous deviez mourir demain, on viendra vous chercher comme si vous n'aviez pas votre grâce, on vous conduira au lieu de l'exécution comme si on allait vous fusilier; enfin, pour conduire la chose jusqu'au bout et que l'exemple soit complet, on fera feu sur vous, mais les fusils ne seront chargés qu'à poudre.

—Est-ce bien sûr, ce que vous me dites là? demanda le condamné, à qui cette représentation semblait au moins inutile.

—Quel motif aurais-je de vous tromper? répondit le prêtre.

—C'est vrai, murmura le soldat. Ainsi, mon père, reprit-il, vous me dites que j'ai ma grâce, vous m'assurez que je ne mourrai pas?

—Je vous l'affirme.

—Alors, vive le roi! Vive saint Janvier! Vive tout le monde! cria le condamné en dansant tout autour de sa prison.

—Que faites-vous, mon fils? Que faites-vous? s'écria le moine; oubliez-vous que ce que je viens de vous découvrir était un secret qu'on m'avait défendu de vous dire, et qu'il est important que tout le monde ignore que je vous l'ai révélé, le geôlier surtout? A genoux donc, comme si vous deviez toujours mourir, et commencez votre confession.

Le condamné reconnut la vérité de ce que lui disait le prêtre, se mit à genoux et se confessa.

L'aumônier lui donna l'absolution.

Avant que le prêtre ne le quittât, le prisonnier lui demanda encore de nouveau l'assurance que tout ce qu'il lui avait dit était vrai.