Et il vida le verre.

Cette fois Siciliens et Napolitains applaudirent, tant le courage est chose puissante, même sur un ennemi.

On arriva au lieu de l'exécution.

Là, pensaient les Siciliens, ce courage factice, résultat d'une exaltation quelconque, s'évanouirait sans doute. Tout au contraire: en voyant le lieu marqué, le condamné parut redoubler de courage. Il s'arrêta de lui-même au point désigné; seulement il demanda à n'avoir pas les yeux bandés et à commander le feu lui-même.

Ces deux dernières faveurs se refusent rarement, comme on le sait; aussi lui furent-elles accordées.

Alors son confesseur s'approcha de lui, l'embrassa, lui fit baiser le crucifix, lui offrit quelques paroles de consolation qu'il parut recevoir fort légèrement; puis il lui donna l'absolution et s'écarta pour laisser achever l'oeuvre mortelle.

Le condamné se posa debout, le visage regardant Palerme, et: le dos tourné au monte Pellegrino. Le caporal et les neuf hommes reculèrent jusqu'à ce qu'ils fussent à dix pas de lui; alors le mot halte se fit entendre, et ils s'arrêtèrent.

Aussitôt le condamné, au milieu de ce silence profond, religieux, solennel, qui plane toujours au-dessus des choses suprêmes, commanda la charge, et cela d'une voix calme, ferme, parfaitement divisée dans ses commandements.

Au mot Feu! il tomba percé de sept balles sans dire un mot, sans pousser un soupir; il avait été tué raide.

Les Napolitains jetèrent un grand cri de triomphe: l'honneur national était sauvé.