La ville du prince de Campo-Franco est sans contredit, pour la situation surtout, une des plus délicieuses qui se puissent voir: les quatre fenêtres de la salle à manger s'ouvrent sur quatre points de vue différents, un de mer, un de montagne, un de plaine et un de forêt.

Le dîner fut magnifique, mais tout sicilien, c'est-à-dire qu'il y eut force glaces et quantité de fruits, mais fort peu de poisson et de viande. Nous dûmes paraître des ichtyophages et des carnivores de première force, car nous fûmes, Jadin et moi, à peu près les seuls qui mangèrent sérieusement.

Après le dîner on nous servit le café sur une terrasse couverte de fleurs; de cette terrasse on apercevait tout le golfe, une partie de Palerme, le mont Pellegrino, et enfin au milieu de la mer, au large, comme un brouillard flottant à l'horizon, l'île d'Alciuri. L'heure que nous passâmes sur cette terrasse, et pendant laquelle nous vîmes le soleil se coucher et le paysage traverser toutes les dégradations de lumière, depuis l'or vif jusqu'au bleu sombre, est une de ces heures indescriptibles qu'on retrouve dans sa mémoire en fermant les yeux, mais qu'on ne peut ni faire comprendre avec la plume, ni peindre avec le crayon.

A neuf heures du soir, par une nuit délicieuse, nous quittâmes la Bagherie, et nous revînmes à Palerme.

LE COUVENT DES CAPUCINS

La journée du lendemain était consacrée à des courses par la ville: un jeune homme, Arami, camarade de collège du marquis de Gargallo, et pour lequel ce dernier m'avait remis une lettre, devait nous accompagner, dîner avec nous, et de là nous conduire au théâtre, où il y avait opéra.

Nous commençâmes par les églises, le Dôme avait droit à notre première visite; nous l'avions déjà parcouru le jour de notre arrivée; mais, préoccupés de la scène qui s'y passait, nous n'avions pu en examiner les détails. Ces détails sont, au reste, peu importants et peu curieux, l'intérieur de la cathédrale ayant été remis à neuf: nous en revînmes donc bientôt aux sépulcres royaux qu'elle renferme.

Le premier est celui de Roger II, fils du grand comte Roger, et qui fut lui-même comte de Sicile et de Calabre en 1101, duc de Pouille et prince de Salerne en 1127, roi de Sicile en 1150; qui mourut enfin en 1154, après avoir conquis Corinthe et Athènes.

Le second est celui de Constance à la fois impératrice et reine: reine de Sicile par son père Roger; impératrice d'Allemagne par son mari, Henri VI, roi de Sicile lui-même en 1194, et mort en 1197.

Le troisième est celui de Frédéric II, père de Manfred, et grand-père de
Conradin, qui succéda à Henri VI et mourut en 1250.