Puis, se retournant vers son armée:

—Eh bien! ajouta-t-il, puisque Dieu le veut et que vous le voulez, partons donc sous la garde et avec la grâce de Dieu, de madame sainte Marie et de toute la cour céleste, et allons en Sicile.

Et tous s'écrièrent:

—Noël! Noël! en Sicile! en Sicile!

Et toute l'armée, s'agenouillant d'un seul mouvement, se mit à chanter le Salve Regina en signe d'action de grâces.

La même nuit, on expédia les deux premières barques pour la Sicile, avec cette bonne nouvelle que le roi don Pierre d'Aragon et toute son armée allaient arriver.

Le lendemain, le roi fit tout embarquer, hommes, femmes, enfants, et le dernier qui s'embarqua, ce fut lui; puis, lorsque tout l'embarquement fut terminé, les deux autres barques partirent à leur tour pour annoncer qu'elles avaient vu le roi et toute l'armée mettre à la voile.

Dieu nous donne un contentement pareil à celui qu'on éprouva en Sicile lorsqu'on y apprit cette bonne nouvelle!

La traversée du roi d'Aragon fut heureuse, car la Providence ne l'avait point si miraculeusement conduit jusque-là pour l'abandonner en chemin; de sorte que, sans accident aucun, il débarqua à Trapani, le 3 du mois d'août 1282.

Aussitôt les prud'hommes de Trapani envoyèrent des courriers par toute la Sicile; et, derrière ces courriers qui passaient disant au peuple: «le roi don Pierre d'Aragon est arrivé avec une puissante armée», des cris de joie s'élevaient; villes, villages et châteaux s'illuminaient, si bien qu'on pouvait deviner la route qu'ils avaient suivie à la tramée de bonheur et de lumière qu'ils laissaient après eux.