Mais, en lui voyant faire ces grands apprêts, les prud'hommes de Palerme lui demandèrent:
—Sauf votre bon plaisir, monseigneur, voulez-vous bien nous dire où vous allez?
Et le roi don Pierre répondit:
—Ne le voyez-vous point? Je vais combattre le roi Charles et le mettre hors de la terre de Sicile.
Alors les prud'hommes s'écrièrent:
—Au nom de Dieu! monseigneur, n'y allez pas sans nous, car, vous le comprenez bien, ce serait une honte pour nous que de ne pas vous aider de tout notre pouvoir dans une occasion qui nous intéresse si fort.
Le roi don Pierre consentit donc à attendre, et l'on fit publier par toute la Sicile que chaque homme âgé de quinze à soixante ans eût à se rendre à Palerme sous quinze jours, avec ses armes et son pain pour un mois. En attendant, et pour donner bon courage aux Messinois, le roi ordonna à deux mille Almogavares de faire la plus grande diligence possible pour se rendre dans la ville assiégée et y annoncer sa prompte arrivée.
Il avait choisi deux mille Almogavares au lieu de deux mille chevaliers, parce que les montagnards, habitués à la fatigue, armés légèrement, n'ayant pour tout bagage qu'une jaquette de drap ou de cuir sur le corps, une résille sur la tête, des espadrilles aux pieds, et portant sur leur dos, dans une besace, autant de pains qu'il y avait de jours de chevauchée, pouvaient franchir la distance plus rapidement qu'aucune autre troupe.
Aussi, quoiqu'il y ait pour tout le monde six journées de marche de Palerme à Messine, les deux mille Almogavares y arrivèrent vers le soir du troisième jour, et cela si secrètement, qu'ils entrèrent par la porte de la Caperna, depuis le premier jusqu'au dernier, sans qu'aucune sentinelle ni vedette de l'armée française s'aperçût de leur arrivée.
Lorsqu'on apprit, à Messine, le renfort que la garnison venait de recevoir, et surtout les bonnes nouvelles que ce renfort apportait, ce fut comme on le pense bien une grande joie par toute la ville. Mais les pauvres assiégés rabattirent bien de cette joie le lendemain lorsqu'ils virent leurs protecteurs se préparer au combat.