Deux ou trois heures se passèrent à contempler ce magnifique spectacle au milieu duquel nous cherchions toujours les côtes de la Sicile, dont nous devions cependant approcher, puisque nous venions de laisser derrière nous Lipari, l'ancienne Méliganis, et Stromboli, l'ancienne Strongyle; mais devant nous un immense voile s'étendait comme si toute la vapeur chassée par le mistral s'était épaissie pour nous cacher les côtes de l'antique Trinacrie. Nous demandâmes alors au pilote si nous naviguions vers une île invisible, et s'il n'y avait pas espérance de voir tomber le nuage qui nous cachait la déesse. Nunzio se tourna vers l'ouest, étendit la main au-dessus de sa tête, puis se tournant de notre côté:

—Est-ce que vous n'avez pas faim? dit-il.

—Si fait, répondîmes-nous d'une seule voix. Il y avait vingt heures que nous n'avions mangé.

—Eh bien! déjeunez, je vous promets la Sicile pour le dessert.

—Vent de Sardaigne? demanda le patron.

—Oui, capitaine, répondit Nunzio.

—Alors nous serons à Messine aujourd'hui?

—Ce soir, deux heures après l'Ave Maria.

—C'est sûr? demandai-je.

—Aussi sûr que l'Évangile, dit Pietro en dressant notre table. Le vieux l'a dit.