Mon âme est vide,
Mon coeur est sourd;
J'ai l'oeil livide
Et le front lourd.

Ma pauvre tête
Est à l'envers:
Adieu la fête
De l'Univers!

En sa présence
Le monde est beau,
En son absence
C'est un tombeau.

A la fenêtre
Son oeil distrait
Me voit paraître
Dès qu'il paraît.

Sa voix m'emporte
Dedans, dehors;
Qu'il entre ou sorte,
J'entre ou je sors.

Joyeuse ou sombre,
Selon sa loi
Je suis son ombre
Et non plus moi.

Et dans ma fièvre
Je crois parfois
Sentir sa lèvre,
Ouïr sa voix.

Et murmurante,
De mots d'amour,
Pâle et mourante.
J'attends qu'un jour

Sa bouche en flamme
Vienne épuiser
Toute mon âme
Dans un baiser!

Rien ne console
De son adieu:
Oh! je suis folle
Mon Dieu! mon Dieu!