La prière terminée, je me levai.
—L'Artifaille, dis-je tout haut au supplicié, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour le salut de ton âme, c'est à la bienheureuse Notre-Dame à faire le reste.—_Amen_! dit mon compagnon.
En ce moment un rayon de lune illumina le cadavre comme une cascade d'argent. Minuit sonna à Notre-Dame.
—Allons, dis-je à l'exécuteur, nous n'avons plus rien à faire ici.—Monsieur l'abbé, dit le pauvre diable, seriez-vous assez bon pour m'accorder une dernière grâce?—Laquelle?—C'est de me reconduire jusque chez moi; tant que je ne sentirai pas ma porte bien fermée entre moi et ce gaillard-là, je ne serai pas tranquille.—Venez, mon ami.
Nous quittâmes l'esplanade, non sans que mon compagnon, de dix pas en dix pas, se retournât pour voir si le pendu était bien à sa place.
Rien ne bougea.
Nous rentrâmes dans la ville. Je conduisis mon homme jusque chez lui. J'attendis qu'il eût éclairé sa maison, puis il ferma la porte sur moi, me dit adieu, et me remercia à travers la porte. Je rentrai chez moi, parfaitement calme de corps et d'esprit.
Le lendemain, comme je m'éveillais, on me dit que la femme du voleur m'attendait dans ma salle à manger.
Elle avait le visage calme et presque joyeux.
—Monsieur l'abbé, me dit-elle, je viens vous remercier: mon mari m'est apparu hier comme minuit sonnait à Notre-Dame, et il m'a dit:—Demain matin, tu iras trouver l'abbé Moulle. et lu lui diras que, grâce à lui et à Notre-Dame, je suis sauvé.