—La cause, je vous dis que vous ne la saurez pas. Quant aux circonstances, comme vous dites, vous voulez les connaître?

—Oui.

—Eh bien! je vais vous les dire. Quand on travaille sous terre comme nous travaillons, comme cela dans l'obscurité, et puis qu'on croit avoir un motif de chagrin, on se mange l'âme, voyez-vous, et alors il vous vient de mauvaises idées.

—Oh! oh! interrompit le commissaire de police, vous avouez donc la préméditation.

—Eh! puisque je vous dis que j'avoue tout, est-ce que ce n'est pas encore assez?

—Si fait, dites.

—Eh bien! cette mauvaise idée qui m'était venue, c'était de tuer Jeanne.—Ça me troubla l'esprit plus d'un mois,—le coeur empêchait la tête, —enfin un mot qu'un camarade me dit—me décida.

—Quel mot?

—Oh! ça, c'est dans les choses qui ne vous regardent pas. Ce matin, je dis à Jeanne: «Je n'irai pas travailler aujourd'hui; je veux m'amuser comme si c'était fête; j'irai jouer aux boules avec des camarades. Aie soin que le dîner soit prêt à une heure.—Mais...—C'est bon, pas d'observations; le dîner pour une heure, tu entends?—C'est bien!» dit Jeanne. Et elle sortit pour aller chercher le pot-au-feu.

Pendant ce temps-là, au lieu d'aller jouer aux boules, je pris l'épée que vous avez là.—Je l'avais repassée moi-même sur un grès.—Je descendis à la cave, et je me cachai derrière les tonneaux—en me disant:—il faudra bien qu'elle descende à la cave pour tirer du vin; alors, nous verrons. Le temps que je restai accroupi là, derrière la futaille qui est toute droite...je n'en sais rien; j'avais la fièvre; mon coeur battait, et je voyais tout rouge dans la nuit. Et puis, il y avait une voix qui répétait en moi et autour de moi ce mot que le camarade m'avait dit hier.