ne heure après, j'étais chez M. Ledru. Le hasard fit que je le rencontrai dans la cour.

—Ah! dit-il en m'apercevant, vous voilà; tant mieux, je ne suis pas fâché de causer un peu avec vous avant de vous présenter à nos convives, car vous dînez avec nous, n'est-ce pas?

—Mais, monsieur, vous m'excuserez.

—Je n'admets pas d'excuses, vous tombez sur un jeudi; tant pis pour vous: le jeudi, c'est mon jour: tout ce qui entre chez moi le jeudi m'appartient en pleine propriété. Après le dîner, vous serez libre de rester ou de partir. Sans l'événement de tantôt, vous m'auriez trouvé à table, attendu que je dîne invariablement à deux heures. Aujourd'hui, par extraordinaire, nous dînerons à trois heures et demie ou quatre. Pyrrhus que vous voyez,—et M. Ledru me montrait un magnifique molosse,—Pyrrhus a profité de l'émotion de la mère Antoine pour s'emparer du gigot: c'était son droit, de sorte qu'on a été obligé d'en aller chercher un autre chez le boucher. Je disais que cela me donnerait le temps, non-seulement de vous présenter à mes convives, mais encore celui de vous donner sur eux quelques renseignements.

—Quelques renseignements?

—Oui, ce sont des personnages qui, comme ceux du Barbier de Séville et de Figaro, ont besoin d'être précédés d'une certaine explication sur le costume et le caractère; mais commençons d'abord par la maison.

—Vous m'avez dit, je crois, monsieur, qu'elle avait appartenu à Scarron?

—Oui, c'est ici que la future épouse du roi Louis XIV, en attendant qu'elle amusât l'homme inamusable, soignait le pauvre cul-de-jatte, son premier mari. Vous verrez sa chambre.

—A madame de Maintenon?

—Non, à madame Scarron;—ne confondons point: la chambre de madame de Maintenon est à Versailles ou à Saint-Cyr.—Venez.