Si l'on avait dit au marquis d'Argenson, à l'époque où il écrivait ces mots, par exemple:

«Voici où nous en sommes venus en France: la toile tombe; tout spectacle disparaît; il n'y a plus que des sifflets qui sifflent. Bientôt, nous n'aurons plus ni élégants conteurs dans la société, ni arts, ni peintures, ni palais bâtis; mais des envieux de tout et partout.»

Si on lui avait dit, à l'époque où il écrivait ces mots, que l'on en arriverait,—moi, du moins,—à envier cette époque,—on l'eût bien étonné, n'est-ce pas, ce pauvre marquis d'Argenson?—Aussi, que fais-je?—Je vis avec les morts beaucoup,—avec les exilés un peu.—J'essaye de faire revivre les sociétés éteintes, les hommes disparus, ceux-là qui sentaient l'ambre au lieu de sentir le cigare; qui se donnaient des coups d'épée, au lieu de se donner des coups de poing.

Et voilà pourquoi, mon ami, vous vous étonnez, quand je cause, d'entendre parler une langue qu'on ne parle plus. Voilà pourquoi vous me dites que je suis un amusant conteur. Voilà pourquoi ma voix, écho du passé, est encore écoutée dans le présent, qui écoute si peu et si mal.

C'est qu'au bout du compte, comme ces Vénitiens du dix-huitième siècle auxquels les lois somptuaires défendaient de porter autre chose que du drap et de la bure, nous aimons toujours à voir se dérouler la soie et le velours, et les beaux brocarts d'or dans lesquels la royauté tablait les habits de nos pères.

Tout à vous,

ALEXANDRE DUMAS.

I

LA RUE DE DIANE A FONTENAY-AUX-ROSES