Après le dîner, on passait au salon pour le café.
Le dîner s'écoula comme s'écoule un dîner, à louer la cuisinière, à vanter le vin.—La jeune femme seule ne mangea que quelques miettes de pain, ne but qu'un verre d'eau, et ne prononça pas une seule parole.
Elle me rappelait cette goule des Mille et une Nuits qui se mettait à table comme les autres, mais seulement pour manger quelques grains de riz avec un cure-dents.
Après le dîner, comme d'habitude, on passa au salon.
Ce fut naturellement à moi à donner le bras à notre silencieuse convive. Elle fit vers moi la moitié du chemin pour le prendre. C'était toujours la même mollesse dans les mouvements, la même grâce dans la tournure, je dirai presque la même impalpabilité dans les membres.
Je la conduisis à une chaise longue où elle se coucha.
Deux personnes avaient, pendant que nous dînions, été introduites au salon.
C'étaient le docteur et le commissaire de police.
Le commissaire de police venait nous faire signer le procès-verbal que Jacquemin avait déjà signé dans sa prison.
Une légère tache de sang se faisait remarquer sur le papier.