Je crus être fou.

Je criai trois fois:

—Solange! Solange! Solange!

À la troisième fois, les yeux se rouvrirent, me regardèrent, laissèrent tomber deux larmes, et, jetant une flamme humide comme si l'âme s'en échappait, se refermèrent pour ne plus se rouvrir.

Je me levai fou, insensé, furieux; je voulais fuir; mais, en me relevant, j'accrochai la table avec le pan de mon habit; la table tomba, entraînant la chandelle qui s'éteignit, la tête qui roula, m'entraînant moi-môme éperdu. Alors il me sembla, couché à terre, voir cette tête glisser vers la mienne sur la pente des dalles: ses lèvres touchèrent mes lèvres, un frisson de glace passa par tout mon corps; je jetai un gémissement, et je m'évanouis.

Le lendemain, à six heures du matin, les fossoyeurs me retrouvèrent aussi froid que la dalle sur laquelle j'étais couché.

Solange, reconnue par la lettre de son père, avait été arrêtée le jour même, condamnée le jour même et exécutée le jour même.

Cette tête qui m'avait parlé, ces yeux qui m'avaient regardé, ces lèvres qui avaient baisé mes lèvres, c'étaient les lèvres, les yeux, la tête de Solange.

Vous savez, Lenoir, continua M. Ledru, se retournant vers le chevalier, c'est à cette époque que je faillis mourir.