—Si je me l'étais expliqué, mon cher docteur, dit M. Ledru, je n'aurais pas fait, à la suite de cet événement, une si terrible maladie.

—Mais enfin, docteur, dit le chevalier Lenoir, comment l'expliquez-vous vous-même? car vous n'admettez point que Ledru vienne de nous raconter une histoire inventée à plaisir; sa maladie est un fait matériel aussi.

—Parbleu! la belle affaire! Par une hallucination. M. Ledru a cru voir, M. Ledru a cru entendre; c'est exactement pour lui comme s'il avait vu, entendu. Les organes qui transmettent la perception au sensorium, c'est-à-dire au cerveau, peuvent être troublés par les circonstances qui influent sur eux; dans ce cas-là, ils se troublent, et, en se troublant, transmettent des perceptions fausses: on croit entendre, on entend; on croit voir, et on voit.

Le froid, la pluie, l'obscurité, avaient troublé les organes de M. Ledru, voilà tout. Le fou aussi voit et entend ce qu'il croit voir et entendre; l'hallucination est une folie momentanée; on en garde la mémoire lorsqu'elle a disparu. Voilà tout.

—Mais quand elle ne disparaît pas? demanda l'abbé Moulle.

—Eh bien! alors la maladie rentre dans l'ordre des maladies incurables, et l'on en meurt.

—Et avez-vous traité parfois ces sortes de maladies, docteur?

—Non, mais j'ai connu quelques médecins les ayant traitées, et entre autres un docteur anglais qui accompagnait Walter Scott à son voyage en France.

—Lequel vous a raconté?...

—Quelque chose de pareil à ce que vient de nous dire notre hôte, quelque chose peut-être de plus extraordinaire même.