Cette guerre fut terrible.
Oribe, que quelques-uns de nos journaux, payés par Rosas, ont appelé l’illustre et vertueux Oribe, y fut tout à la fois général et bourreau.
Dépouillons quelques pages de ces tables de sang, publiées par l’Amérique du Sud, et sur lesquelles, comme une mère plaintive dans le présent, et comme une déesse vengeresse pour l’avenir, elle a enregistré dix mille assassinats.
Prenons au hasard, dans les rapports faits à Rosas par ses officiers et ses agents.
Le général don Mariano Acha, qui sert dans l’armée opposée à Rosas, défend San-Juan, et, le 22 août 1841, se rend après quarante-huit heures de résistance. Don José-Santos Ramirez, officier de Rosas, transmet alors au gouvernement de San-Juan le rapport officiel de cet événement. On y trouve cette phrase:
Tout est en notre pouvoir, mais avec pardon et garantie pour tous les prisonniers. Parmi eux se trouve un fils de Lamadrid.
Prenez le no 2067 du Diario de la Tarde, c’est-à-dire du journal du soir de Buenos-Ayres, du 22 octobre 1841, et en regard du rapport officiel de José-Santos Ramirez, qui constate la garantie de la vie pour les prisonniers, vous pourrez lire ce paragraphe:
«Desaguedero, 22 septembre 1841.
»Le prétendu sauvage unitaire, Mariano Acha, a été décapité hier, et sa tête exposée aux regards du public.
»Signé: Angel Pacheco.»