Lorsqu’il revint à lui, il était en Suisse, où à grand’peine ses compagnons l’avaient rapporté: la fusillade de Carra était une fausse alerte.

Ramorino dès lors déclara que tout était perdu, refusa d’aller plus loin, et ordonna la retraite.

Pendant ce temps, une colonne de cent hommes, de laquelle faisaient partie un certain nombre de républicains français, partait de Grenoble et traversait les frontières de la Savoie.

Mais le préfet français avertit les autorités sardes; les républicains furent attaqués la nuit, à l’improviste, près des grottes des Échelles, et dispersés après un combat d’une heure.

Dans ce combat, les soldats sardes firent deux prisonniers: Angelo Volontieri et Joseph Borrel. Conduits volontairement à Chambéry et condamnés à mort, ils furent fusillés sur le même sol où fumait encore le sang d’Effico Tolla.

Ce fut ainsi que se termina cette malheureuse expédition, qui fut appelée en France l’échauffourée de Saint-Julien.

VI
LE DIEU DES BONNES GENS

J’avais reçu ma tâche à accomplir dans le mouvement qui devait avoir lieu, et je l’avais acceptée sans la discuter.

J’étais entré au service de l’État, comme matelot de première classe, sur la frégate l’Eurydice.—Ma mission était d’y faire des prosélytes à la Révolution, et je m’en étais acquitté de mon mieux.

Dans le cas où le mouvement réussirait, je devais, moi et mes compagnons, m’emparer de la frégate et la mettre à la disposition des républicains.