Là, je me reposai un jour, et, la nuit suivante, je me remis en route, accompagné de deux amis, Joseph Janu et Ange Gustavini.
Arrivés au Var, nous le trouvâmes grossi par les pluies; mais, pour un nageur comme moi, ce n’était point un obstacle. Je le traversai moitié à pied, moitié à la nage.
Mes deux amis étaient restés de l’autre côté du fleuve. Je leur fis un signe d’adieu.
J’étais sauvé, ou à peu près, comme on va le voir.
Dans cette confiance, j’allai droit à un corps de garde de douaniers. Je leur dis qui j’étais, et pourquoi j’avais quitté Gênes.
Les douaniers me déclarèrent que j’étais leur prisonnier jusqu’à nouvel ordre, et que, cet ordre, ils allaient le demander à Paris.
Pensant que je trouverais bientôt une occasion de m’échapper, je ne fis aucune résistance. Je me laissai conduire à Grasse et de Grasse à Draguignan.
A Draguignan, on me mit dans une chambre du premier étage, dont la fenêtre ouverte donnait sur un jardin.
Je m’approchai de la fenêtre comme pour regarder le paysage;—de la fenêtre au sol, il n’y avait qu’une quinzaine de pieds.—Je m’élançai, et tandis que les douaniers, moins lestes ou tenant plus à leurs jambes que moi, faisaient le grand tour par l’escalier, je gagnai le chemin, et du chemin je me jetai dans la montagne.
Je ne connaissais pas la route; mais j’étais marin. Si la terre me manquait, il me restait le ciel, ce grand livre où j’étais habitué à lire mon chemin. Je m’orientai à l’aide des étoiles, et me dirigeai sur Marseille.