Je me mis à rire, ne voulant pas avoir l’air de prendre l’ouverture au sérieux. D’ailleurs, un contre un, il n’y avait pas homme au monde que je craignisse.
—Bon! lui dis-je, m’arrêter; il sera toujours temps de m’arrêter au dessert. Laissez-moi achever mon souper,—quitte à vous le payer double,—j’ai encore faim.
Et je continuai de manger sans paraître autrement inquiet.
Mais bientôt je m’aperçus que, si mon hôte avait besoin d’aide pour accomplir le projet qu’il m’avait manifesté, l’aide ne lui manquerait pas.
Son auberge était le rendez-vous de la jeunesse du village; chaque soir, on y venait boire, fumer, chercher des nouvelles, parler politique.
La société accoutumée se réunit peu à peu, et bientôt il y eut dans l’auberge une dizaine de jeunes gens;—les jeunes gens jouaient aux cartes.
L’hôte ne parlait plus de m’arrêter, mais cependant ne me perdait pas de vue.
Il est vrai que, n’ayant pas le moindre petit paquet, ma garde-robe ne pouvait pas répondre de mon écot.
J’avais quelques écus dans ma poche, je les fis sonner; leur cliquetis parut quelque peu tranquilliser l’aubergiste.
Je choisis le moment où l’un des buveurs venait d’achever, au milieu des bravos, une chanson qui avait eu le plus grand succès,—et, un verre à la main: