Je me trompe,—un accident m’était arrivé, que je lus sur le Peuple souverain.

J’étais condamné à mort.

C’était la première fois que j’avais l’honneur de voir mon nom imprimé dans un journal.

Comme dès lors il était dangereux de le garder, je le changeai contre celui de Pane.

Je restai quelques mois inoccupé à Marseille, usant de l’hospitalité que me donnait un de mes amis, nommé Joseph Paris.

Enfin, je parvins à trouver à m’employer comme second à bord de l’Union, capitaine Gaza.

Le dimanche suivant, me trouvant vers cinq heures du soir à la fenêtre de l’arrière avec le capitaine, je suivais des yeux, au-dessous du quai Sainte-Anne, un collégien en vacances, qui s’amusait à sauter d’une barque dans l’autre, lorsque tout à coup le pied lui manque. Il pousse un cri et tombe à la mer.

J’étais tout endimanché; mais à la vue de l’accident, aux cris poussés par l’enfant, en le voyant disparaître, je m’élançai tout habillé et tout botté dans le bassin du port. Deux fois je plongeai vainement; à la troisième, j’eus la chance de saisir mon collégien par-dessous le bras et de le ramener à la surface de l’eau.

Une fois là, je n’eus pas grand’peine à le pousser jusqu’au quai;—une immense population y était déjà assemblée et m’accueillit de ses applaudissements et de ses bravos.

C’était un jeune homme de quatorze ans, qui se nommait Joseph Rambaud. Les larmes de joie et les bénédictions de sa mère me payèrent largement du bain que j’avais pris.