Arrivés sur le bord du lac Tramandaï, les lancions furent remis à l’eau de la même manière qu’ils avaient été embarqués; là, on leur fit les petites réparations que nécessitait le voyage, mais qui étaient si peu de chose, qu’au bout de trois jours ils étaient aptes à la navigation.

Le lac Tramandaï est formé par des eaux courantes, prenant leur source sur le versant oriental de la chaîne des monts do Espinasso; il s’ouvre sur l’Atlantique, mais à si peu de profondeur, que dans les grandes marées seulement cette profondeur atteint quatre ou cinq pieds.

Ajoutons à cela que sur cette côte, ouverte de toutes parts, presque jamais la mer n’est calme, mais qu’elle est, au contraire, la plupart du temps orageuse.

Le bruit des brisants qui bordent la côte, et que les marins appellent des chevaux, à cause de l’écume qu’ils font voler autour d’eux, s’entend à plusieurs milles à l’intérieur, et souvent est pris pour le mugissement du tonnerre.

XXI
DÉPART ET NAUFRAGE

Prêts à partir enfin, nous attendîmes l’heure de la marée haute, et nous nous aventurâmes à sortir vers quatre heures de l’après-midi.

Dans cette circonstance, nous eûmes fort à nous louer de la longue habitude que nous avions de naviguer au milieu des brisants; et malgré cette pratique, je ne saurais dire aujourd’hui par quelle audacieuse plutôt qu’habile manœuvre nous parvînmes à mettre nos deux bâtiments dehors, quoique nous eussions, comme je viens de le dire, choisi l’heure où la marée était pleine; la profondeur nous manquant partout, ce fut à la nuit tombante seulement que nos efforts aboutirent et que nous jetâmes l’ancre dans l’Océan, au-delà de ces brisants furieux, dont la rage semblait s’augmenter de voir que nous leur échappions.

Notons ici que jamais, avant les nôtres, aucun bâtiment n’était sorti du lac de Tramandaï.

Vers les huit heures du soir, nous levâmes l’ancre et nous nous mîmes en route.

Le lendemain, à trois heures du soir, nous étions naufragés à l’embouchure de l’Aseringua, fleuve qui prend sa source dans la Sierra do Espinasso, et qui se jette à la mer dans la province de Sainte-Catherine, entre les Tours et Santa Maura.