Je me jetai avec eux sur les Français.
Que se passa-t-il alors? Je n’en sais rien[6]. Pendant deux heures, je frappai sans relâche. Quand vint le jour, j’étais couvert de sang. Je n’avais pas une seule blessure. C’était un miracle.
[6] Voici comment l’historien Vecchi, l’un des plus courageux défenseurs de Rome, décrit ce combat:
«Nous étions enfermés à la villa Spada, où nous soutenions un effroyable feu de mousquets et de carabines. Nous commencions à manquer de munitions, quand le général Garibaldi parut avec une colonne de légionnaires et quelques soldats du 6e régiment de ligne, commandés par Pasi, décidé qu’il était à frapper un dernier coup, non pas pour le salut, mais pour l’honneur de Rome. Réunis à nos compagnons, nous nous élançâmes sur la brèche, frappant avec des lances, des épées, des baïonnettes: la poudre et les balles manquaient. Les Français, étonnés de ce terrible choc, reculèrent d’abord; mais d’autres survinrent, en même temps que l’artillerie, pointée sur nous, commençait à nous enlever des files tout entières. L’enceinte Aurélienne fut prise et reprise; il n’y avait pas un endroit où poser le pied, si ce n’était sur un mort ou sur un blessé. Garibaldi, pendant cette nuit, fut plus grand que je ne l’avais jamais vu, plus grand que personne ne le vit jamais. Son épée était l’éclair; chaque homme frappé était un homme mort. Le sang d’un nouvel adversaire lavait le sang de celui qui venait de tomber. On eût dit Léonidas aux Thermopyles, Ferruccio au château de la Gavissana. Je tremblais de le voir tomber d’un instant à l’autre; mais non, il resta debout comme le Destin.»
C’est dans cette affaire que le lieutenant Morosini, pauvre enfant qui n’avait pas vingt ans et qui se battit comme un héros, fut tué en refusant de se rendre.
Au milieu de la sanglante mêlée m’arriva un message de l’Assemblée, elle m’invitait à me rendre au Capitole.
Je dois la vie à cet ordre. Je me fusse fait tuer.
En descendant vers la Longara avec Vecchi, lequel était membre de la Constituante, j’appris que mon pauvre nègre Aguyar venait d’être tué.
Il me tenait prêt un cheval de rechange, une balle lui avait traversé la tête. J’éprouvai une terrible douleur; je perdais bien autre chose qu’un serviteur, je perdais un ami.
Mazzini avait déjà annoncé à l’Assemblée le point où nous en étions.