De tous côtés j’étais interrogé.
—Toute défense est désormais impossible, répondis-je, à moins que nous ne soyons décidés à faire de Rome une seconde Saragosse. Le 9 février, j’ai proposé une dictature militaire; elle seule pouvait mettre sur pied cent mille hommes armés. Les éléments vivaces existaient alors: il fallait les chercher, on les eût trouvés dans un homme courageux. A cette époque, l’audace fut repoussée, les petits moyens l’emportèrent. Je ne pouvais pas pousser l’argument plus avant. Je cédai. La modestie me retenait; car, je le sens, j’eusse été cet homme. Je faillis en cela au principe sacré qui est l’idole de mon cœur. Si l’on m’eût écouté, l’aigle romaine eût de nouveau fait son aire sur les tours du Capitole, et, avec mes braves, et mes braves savent mourir, on l’a vu, j’eusse changé la face de l’Italie. Mais à ce qui est fait il n’y a pas de remède. Regardons la tête haute l’incendie dont nous ne sommes plus les maîtres. Sortons de Rome avec tous les volontaires armés qui voudront nous suivre. Où nous serons, sera Rome. Je ne m’engage à rien; mais ce que peut faire un homme, je le ferai, et, réfugiée en nous, la patrie ne mourra point.
Cette proposition, déjà faite par Mazzini, fut repoussée.
Henri Cernuschi lui-même, le brave Cernuschi, un des héros des cinq journées milanaises, le président de la commission des barricades romaines, la repoussa.
Il me succéda à la tribune, et, les larmes aux yeux, la voix étouffée:
—Vous savez tous, dit-il, si je suis un ardent défenseur de la patrie et du peuple; eh bien, c’est moi qui vous le dis, nous n’avons plus un seul obstacle à opposer aux Français, et Rome et son bon peuple—les larmes l’étouffaient—doivent se résigner à l’occupation.
Après une courte délibération, l’Assemblée rendit le décret suivant:
RÉPUBLIQUE ROMAINE
«Au nom de Dieu et du peuple,
»L’Assemblée constituante romaine cesse une défense devenue impossible. Elle reste à son poste.