Aussi lui répondis-je, le 23 mai suivant, époque où sa lettre me fut communiquée:
«Eccellentissimo signore[1]!
»Le colonel Parrodi, en présence de tous les officiers de la légion italienne, m’a remis, selon votre désir, la lettre que vous avez eu la bonté de m’écrire en date du 30 janvier, et, avec cette lettre, un acte par lequel vous faites don spontané à la légion italienne d’une portion de terres prises dans vos propriétés et s’étendant entre l’Arroyo de las Avenas et l’Arroyo-Grande au nord du rio Negro; et, en outre, d’un troupeau de bestiaux, ainsi que des haciendas existant sur le terrain.
[1] Nous mettons en italien ces deux mots, difficiles à traduire en français, langue dans laquelle les mots excellent seigneur n’ont pas une signification équivalente.
»Vous dites que le don est fait par vous comme rémunération de nos services à la République.
»Les officiers italiens, après avoir pris connaissance de votre lettre et de ce qu’elle renferme, ont à l’unanimité déclaré, au nom de la légion, qu’ils n’avaient point entendu, en demandant des armes et en offrant leurs services à la République, recevoir autre chose que l’honneur de partager les périls que courent les enfants du pays qui leur a donné l’hospitalité. Ils obéissaient, en agissant ainsi, à la voix de leur conscience. Ayant satisfait à ce qu’ils regardent simplement comme l’accomplissement d’un devoir, ils continueront, tant que les nécessités du siége l’exigeront, à partager les peines et les périls des nobles Montévidéens; mais ils ne désirent pas d’autre prix et d’autre récompense de leurs travaux.
»J’ai donc l’honneur de vous communiquer, Excellence, la réponse de la légion, avec laquelle mes sentiments et mes principes concordent complétement.
»En conséquence, je vous renvoie l’original de la donation.
»Puisse Dieu vous donner de longs jours!
»Giuseppe Garibaldi.»