Le 8 juin, il eut le délire, délire charmant pendant lequel il chantait à voix basse et se rappelait presque jour par jour sa vie intellectuelle, hélas! si courte.

Dans les intervalles de ces chants, il prophétisait ou faisait des vœux pour sa patrie.

Il avait vingt et un ans quand il mourut.

J’injectai son cadavre, qui fut enterré à Rome.

Il avait composé un chant de guerre que Garibaldi chantait souvent et fredonnait sans cesse: Fratelli d’Italia.

Ce chant est populaire en Italie.

MELLARA

Le colonel Mellara, blessé dans le combat du 9 juin, mourut le 4 juillet, quand les Français étaient déjà entrés dans la ville. Comme il n’était plus permis aux Romains de protester avec les armes, ils se réunirent dans l’église, autour du catafalque du guerrier mort. Mais, pendant que le peuple réuni pleurait dans un pieux silence sur ce cadavre, symbole de l’Italie tombée, un officier de police, à la tête d’une poignée de soldats, entra dans l’église, et arracha du chapeau du mort, posé selon l’habitude sur le cercueil, la cocarde italienne; puis, interrompant la pieuse cérémonie, il ordonna d’éteindre les cierges et de faire évacuer l’église.

Ce qui fut fait.

Le pauvre Mellara n’eut donc même pas cette dernière consolation des morts, les pleurs qui tombent des yeux aimés.