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MÉMOIRES
DE
JOSEPH GARIBALDI
I
TOUT PERDU, FORS L’HONNEUR
Le vrai motif de l’expédition n’était pas de porter des secours aux habitants de Corrientes et de les ravitailler, le vrai motif était de se débarrasser de moi.
Comment, étant encore si peu de chose, avais-je déjà de si puissants ennemis? C’est un secret que je n’ai jamais pu approfondir.
Lors de mon entrée dans le fleuve, l’armée orientale se trouvait à San-José dans l’Uruguay, et celle d’Oribe à la Boyada, capitale de la province d’Entre-Rios; toutes deux se préparaient à la lutte. L’armée de Corrientes, de son côté, se disposait à se réunir à l’armée orientale.
Je devais remonter le Parana jusqu’à Corrientes, c’est-à-dire jusqu’à une distance de six cents milles entre deux rives ennemies, et, de plus, poursuivi par une escadre quatre fois plus forte que la mienne.
Pendant tout ce trajet, je ne pouvais atterrir que dans des îles ou sur des côtes désertes.
Lorsque je quittai Montevideo, il y avait cent à parier contre un que je n’y rentrerais jamais.