Nous marchons sur Arona; nous nous emparons de deux bateaux à vapeur et de quelques petites embarcations.
Nous commençons l’embarquement; il dure jusqu’au soir, et, le lendemain, au point du jour, nous arrivons à Luino.
Garibaldi était malade; il avait une fièvre intermittente contre les accès de laquelle il essayait vainement de lutter.
Pris par un de ces accès, il entra à l’auberge de la Bécasse, maison isolée en avant de Luino, et séparée du village par une petite rivière sur laquelle est jeté un pont; puis il me fit appeler.
—Medici, me dit-il, j’ai absolument besoin de deux heures de repos; remplace-moi et veille sur nous.
L’auberge de la Bécasse était mal choisie pour un fiévreux qui voulait dormir tranquille. C’était la sentinelle avancée de Luino, la première maison qui dût être attaquée par l’ennemi, en supposant l’ennemi dans les environs.
Nous n’avions aucune nouvelle des mouvements des Autrichiens, nous ne savions pas si nous étions à dix lieues d’eux ou à un kilomètre. Je n’en dis pas moins à Garibaldi de dormir tranquille, l’assurant que j’allais prendre mes précautions pour que son sommeil ne fût pas troublé. Cette promesse faite, je sortis; les fusils étaient en faisceaux de l’autre côté du pont, nos hommes campés entre le pont et Luino.
Je plaçai des sentinelles en avant de l’auberge de la Bécasse, et j’envoyai des paysans explorer les environs.
Au bout d’une demi-heure, mes batteurs d’estrade revinrent tout effarés, en criant:
—Les Autrichiens! les Autrichiens!