En un instant, nous fûmes complétement aveuglés et nous ne vîmes plus à dix pas autour de nous.
Je dis alors à mes hommes de se serrer les uns contre les autres, de marcher sur une seule file et de me suivre en avançant le plus vite possible. Trois restent en arrière, tombent pour ne plus se relever, sont ensevelis sous la neige et dorment, ou veillent peut-être, au sommet du Jorio.
Je marchais le premier, sans suivre aucune route tracée, sans savoir où j’allais, me fiant à notre bonne fortune, quand tout à coup je m’arrête; le rocher manquait sous mes pieds; un pas de plus, je tombais dans le précipice!
Je fis faire halte, ordonnant que chacun restât à sa place jusqu’au jour.
Seul alors, avec un guide, je cherchai un chemin toute la nuit; à chaque instant, la terre, ou plutôt la neige, manquait sous nous, ou bien le pied nous glissait. C’est par miracle que ni l’un ni l’autre de nous deux ne fut enseveli—ou tué dans sa chute.
Enfin, au point du jour, nous arrivâmes près de quelques cabanes abandonnées. Cependant, comme elles offraient un abri, je voulus retourner vers mes hommes.
Mais alors les forces me manquèrent, et je tombai brisé par la fatigue et roidi par le froid.
Mon guide me porta dans une des cabanes, parvint à allumer du feu et me fit revenir à moi.
Pendant ce temps, le bonheur voulut que mes hommes suivissent le même chemin que j’avais suivi, de sorte que, deux heures après, ils m’avaient rejoint.
Nous nous remîmes en route et descendîmes à Gravedona, sur le lac de Como.