J’ai dit qu’à l’arrivée d’Anzani les concussions avaient cessé; son honorabilité planait sur tous les marchés; ce n’était point l’affaire des concussionnaires. Alors se forma un complot qui avait pour but de nous assassiner tous deux et de vendre à l’ennemi la légion italienne.
Anzani en fut averti.
Les conjurés virent qu’il n’y avait rien à faire de ce côté-là, et, un matin que la légion était aux avant-postes, vingt officiers et cinquante soldats passèrent à l’ennemi.
Mais les soldats, rendons-leur cette justice, revinrent peu à peu et un à un.
La légion, purgée des traîtres, ne s’en porta que mieux; Anzani la réunit.
—Si j’avais voulu faire un choix entre les bons et les mauvais, dit-il, je n’eusse pas si bien réussi que les mauvais viennent de le faire.
De mon côté, je haranguai les troupes; le général Pacheco lui-même fit un discours.
Quelques jours après la première sortie où la légion italienne avait donné d’elle un si triste programme, je tins à la réhabiliter et je proposai une expédition qui fut acceptée. C’était d’aller attaquer les troupes d’Oribe, qui étaient devant le Cerro. J’embarquai la légion italienne sur notre petite escadre, et nous prîmes terre au Cerro. Là, nous nous mîmes à la tête de la légion, Pacheco et moi; l’ennemi fut attaqué à deux heures de l’après-midi, et mis en fuite à cinq.
La légion, composée de quatre cents hommes, chargea un bataillon de six cents. Pacheco combattait à cheval; moi, je le faisais à pied ou à cheval, selon le besoin. Nous tuâmes cent cinquante hommes à l’ennemi, et lui fîmes deux cents prisonniers. Nous eûmes cinq ou six tués, une dizaine de blessés, entre autres un officier nommé Ferrucci, auquel il fallut couper la jambe.
Nous revînmes en triomphe à Montevideo; le lendemain, Pacheco rassembla la légion, la remercia, la loua et donna un fusil d’honneur au sergent Loreto.