—Et le regrettes-tu?

—Je ne pourrais dire.—Ce que je sais seulement, c’est que si je devenais sa femme, au lieu d’être celle de Gaëtano, il me faudrait travailler pour vivre, et que cela me serait bien pénible, surtout en sortant du service de madame la comtesse, qui est si facile et si doux.

—On m’accuse cependant de violence et d’orgueil; est-ce vrai, Teresa?

—Madame est excellente pour moi; voilà tout ce que je puis dire.

—C’est cette noblesse palermitaine qui dit cela, parce que les comtes de Castelnovo ont été anoblis par Charles V, tandis que les Ventimille et les Partanna descendent, à ce qu’ils prétendent, de Tancrède et de Roger. Mais ce n’est pas pour cela que les femmes m’en veulent; elles cachent leur haine sous le dédain, et elles me haïssent, parce que Rodolfo m’aime et qu’elles sont jalouses de l’amour du vice-roi. Aussi font-elles tout ce qu’elles peuvent pour me l’enlever; mais elles n’y parviendront pas: je suis plus belle qu’elles; Carini me le dit tous les jours, et toi aussi, menteuse.

—Il y a ici quelqu’un plus flatteur encore que son excellence et que moi.

—Et qui cela?

—Le miroir de madame la comtesse.

—Folle! Allume les bougies de la psyché.—La camérière obéit.—Maintenant, ferme cette fenêtre et laisse-moi: celle du jardin donnera assez d’air.

Teresa obéit et s’éloigna; à peine la comtesse l’eut-elle vue disparaître, qu’elle vint s’asseoir devant la psyché, se regarda dans la glace et se mit à sourire.