—Oui, dit Bruno, je le veux.

—Père, dit le blessé, ton fils s’appelle Ali; et toi, comment t’appelles-tu?

—Pascal Bruno.

—Allah te protége! dit l’enfant.

—Désires-tu quelque chose?

—Oui, de l’eau; j’ai soif.

Pascal prit une tasse de terre, cachée dans un enfoncement du rocher, et descendit puiser de l’eau à une source qui coulait près de la maison. En remontant, il jeta les yeux sur le yatagan de l’enfant, et il vit qu’il n’avait pas même songé à le rapprocher de lui. Ali prit avidement la tasse et la vida d’un trait.

—Allah te donne autant d’années heureuses qu’il y avait de gouttes d’eau dans cette tasse, dit l’enfant en la lui rendant.

—Tu es une bonne créature, murmura Bruno; dépêche-toi de guérir, et quand tu seras guéri, tu pourras retourner en Afrique.

L’enfant guérit et resta en Sicile, car il s’était pris pour Bruno d’une telle amitié, qu’il ne voulut jamais le quitter. Depuis lors, il était demeuré constamment avec lui, l’accompagnant dans ses chasses sur les montagnes, l’aidant à diriger sa barque en mer, et prêt à se faire tuer sur un signe de celui qu’il appelait son père.