—Partons, partons, lui dis-je, chaque minute est peut-être mortelle.

—Je commence à souffrir, dit-elle en se relevant. Une sueur froide me passa sur le front, je la pris dans mes bras comme j’aurais fait d’un enfant, je traversai les ruines, je sortis du cloître et je descendis en courant la montagne: arrivé sur la plage, je vis de loin le feu de mes deux hommes.

—A la mer, à la mer! criai-je de cette voix impérative qui indique qu’il n’y a pas un instant à perdre.

Ils s’élancèrent vers la barque et la firent approcher le plus près qu’ils purent de la rive, j’entrai dans l’eau jusqu’aux genoux; ils prirent Pauline de mes bras et la déposèrent dans la barque. Je m’y élançai après elle.

—Souffrez-vous davantage?

—Oui, me dit Pauline.

Ce que j’éprouvais était quelque chose de pareil au désespoir: pas de secours, pas de contre-poison; tout-à-coup je pensai à l’eau de mer, j’en remplis un coquillage qui se trouvait au fond de la barque, et je le présentai à Pauline.

—Buvez, lui dis-je.

Elle obéit machinalement.

—Qu’est-ce que vous faites donc? s’écria un des pêcheurs; vous allez la faire vomir, c’te p’tite femme.