—Ma rançon! dit le prince de Paterno.
—Oh! mon Dieu, oui, excellence, vous êtes voué aux infidèles.
—Diable! pourvu que le roi n’exige pas que je lui en tienne compte une seconde fois! reprit Moncada.
—Que votre excellence se rassure, dit la même voix qui avait déjà répondu à Altavilla: Pascal Bruno n’a pris que trois mille onces.
—Et comment savez-vous cela, seigneur Albanais? dit le prince de la Cattolica, qui se trouvait près de celui qui avait parlé, lequel était un beau jeune homme de vingt-six à vingt-huit ans portant le costume de Vina[19].
—Je l’ai entendu dire, répondit négligemment le Grec en jouant avec son yatagan; d’ailleurs, si votre excellence désire des renseignemens plus positifs, voici un homme qui peut lui en donner.
Celui qu’on désignait ainsi à la curiosité publique n’était autre que notre ancienne connaissance Paolo Tommasi, qui, esclave de sa consigne, s’était fait conduire, aussitôt son arrivée, chez la comtesse de Castelnuovo, et qui, ne la trouvant pas chez elle, et la sachant à la fête, s’était servi de sa qualité d’envoyé du vice-roi pour pénétrer dans les jardins du prince de Butera; en un instant, il se trouva le centre d’un immense cercle et l’objet de mille questions. Mais Paolo Tommasi était, comme nous l’avons vu, un brave qui ne s’effarouchait pas facilement; il commença donc par remettre la lettre du prince à la comtesse.
—Prince, dit Gemma, après avoir lu la missive qu’elle venait de recevoir, vous ne vous doutiez pas que vous me donniez une fête d’adieu; le vice-roi m’ordonne de me rendre à Messine, et, en fidèle sujette que je suis, je me mettrai en route dès demain. Merci, mon ami, continua-t-elle en donnant sa bourse à Paolo Tommasi; maintenant vous pouvez vous retirer.
Tommasi essaya de profiter de la permission de la comtesse, mais il était trop bien entouré pour battre facilement en retraite. Il lui fallut se rendre à discrétion, et la condition de sa liberté fut le récit exact de sa rencontre avec Pascal Bruno.
Il la raconta, il faut lui rendre justice, avec toute la simple naïveté du vrai courage; il dit, sans rien ajouter, à ses auditeurs, comment il avait été fait prisonnier, comment il avait été conduit à la forteresse de Castelnuovo, comment il avait tiré, sans résultat, sur le bandit, et comment enfin celui-ci l’avait renvoyé en lui faisant cadeau d’un magnifique cheval en remplacement de celui qu’il avait perdu: tout le monde écouta ce récit, empreint de vérité, avec le silence de l’attention et de la foi, à l’exception du capitaine Altavilla, qui éleva quelques doutes sur la véracité de l’honnête brigadier; mais heureusement pour Paolo Tommasi, le prince de Butera lui-même vint à son secours.