Les miliciens poussèrent de grands cris de joie.
—Maintenant, dit Bruno au brigadier, si vous voulez vous mettre à table, nous achèverons le souper qui a été interrompu par ces imbéciles.
—Volontiers, répondit Paolo, car je viens de faire huit lieues en trois heures, et je meurs de faim et de soif.
—Eh bien! dit Bruno, puisque vous êtes en si bonnes dispositions et que nous n’avons plus qu’une nuit à passer ensemble, il faut la passer joyeuse.—Ali, va chercher ces dames.—En attendant, brigadier, continua Bruno en remplissant deux verres, à vos galons de maréchal-des-logis!
Cinq jours après les événemens que nous venons de raconter, le prince de Carini apprit, en présence de la belle Gemma, qui venait d’achever sa pénitence au couvent de la Visitation, et qui, depuis huit jours seulement, était rentrée dans le monde, que ses ordres étaient enfin exécutés, et que Pascal Bruno avait été pris et conduit dans les prisons de Messine.
—C’est bien, dit-il; que le prince de Goto paie les trois mille ducats promis, qu’il lui fasse faire son procès et qu’on l’exécute.
—Oh! dit Gemma avec cette voix douce et caressante à laquelle le prince ne savait rien refuser, j’aurais été bien curieuse de voir cet homme que je ne connais pas, et dont on raconte des choses si bizarres!
—Qu’à cela ne tienne, mon bel ange, répondit le prince; nous le ferons pendre à Palerme!
XI.
Selon la promesse qu’il avait faite à sa maîtresse, le prince de Carini avait ordonné de transférer le condamné de Messine à Palerme, et Pascal Bruno avait été amené à grand renfort de gendarmerie dans la prison de la ville, qui était située derrière le Palazzo-Reale et qui attenait à l’hôpital des Fous.