—Rien... Oh! jurez-le-moi... Vous me laisserez lire dans votre cœur comme dans un livre ouvert?...
—Oui... et vous n’y trouverez que le malheur, la résignation et la prière... Mais ce n’est ni l’heure ni le moment. D’ailleurs je suis trop près encore de toutes ces catastrophes pour avoir le courage de les raconter...
—Oh! quand vous voudrez... à votre heure... à votre temps... J’attendrai...
Elle se leva.—J’ai besoin de repos, me dit-elle: ne m’avez vous pas dit que je pourrais dormir sous cette tente?
Je l’y conduisis; j’étendis mon manteau sur le plancher; puis elle me fit signe de la main de la laisser seule. J’obéis, et je retournai m’asseoir sur le pont, à la place qu’elle avait occupée; je posai ma tête où elle avait posé la sienne, et je demeurai ainsi jusqu’à notre arrivée au Havre.
Le lendemain soir nous abordions à Brighton; six heures après nous étions à Londres.
VI.
Mon premier soin en arrivant fut de me mettre en quête d’un appartement pour ma sœur et pour moi; en conséquence je me présentai le même jour chez le banquier auprès duquel j’étais accrédité: il m’indiqua une petite maison toute meublée, qui faisait parfaitement l’affaire de deux personnes et de deux domestiques; je le chargeai de terminer la négociation, et le lendemain il m’écrivit que le cottage était à ma disposition.
Aussitôt, et tandis que la comtesse reposait, je me fis conduire dans une lingerie: la maîtresse de l’établissement me composa à l’instant un trousseau d’une grande simplicité, mais parfaitement complet et de bon goût; deux heures après, il était marqué au nom de Pauline de Nerval et transporté tout entier dans les armoires de la chambre à coucher de celle à qui il était destiné: j’entrai immédiatement chez une modiste, qui mit, quoique française, la même célérité dans sa fourniture; quant aux robes, comme je ne pouvais me charger d’en donner les mesures, j’achetai quelques pièces d’étoffe, les plus jolies que je pus trouver, et je priai le marchand de m’envoyer le soir même une couturière.
J’étais de retour à l’hôtel à midi: on me dit que ma sœur était réveillée et m’attendait pour prendre le thé: je la trouvai vêtue d’une robe très simple qu’elle avait eu le temps de faire faire pendant les douze heures que nous étions restés au Havre. Elle était charmante ainsi.