—Il est malheureux, dit l’un des jeunes gens, que vous partiez si vite, mon cher cousin... nous aurions pu vous le procurer.

—Vrai, reprit Horace, je regrette bien sincèrement de manquer une pareille occasion; et s’il ne fallait pas attendre trop longtemps, je resterais.

—Mais, répondit le premier, cela tombe à merveille. Il y a justement à trois lieues d’ici, dans un marais qui longe les montagnes et qui s’étend du côté de Surate, une tigresse et ses petits. Des Indiens à qui elle a enlevé des moutons nous en ont prévenus hier seulement; nous voulions attendre que les petits fussent plus forts, afin de faire une chasse en règle, mais puisque nous avons une si bonne occasion de vous être agréables, nous avancerons l’expédition d’une quinzaine de jours.

—Je vous en suis tout-à-fait reconnaissant, dit en s’inclinant le comte; mais est-il bien certain que la tigresse soit où on la croit?

—Il n’y a aucun doute.

—Et sait-on précisément à quel endroit est son repaire?

—C’est facile à voir en montant sur un rocher qui domine le marais; ses chemins sont tracés au milieu des roseaux brisés, et tous aboutissent à un centre, comme les rayons d’une étoile.

—Eh bien! dit le comte en remplissant son verre et en se levant comme pour porter une santé,—à celui qui ira tuer la tigresse au milieu de ses roseaux, entre ses deux petits, seul, à pied, et sans autre arme que ce poignard! A ces mots, il prit à la ceinture d’un esclave un poignard malais, et le posa sur la table.

—Êtes-vous fou? dit un des convives.

—Non, messieurs, je ne suis pas fou, répondit le comte avec une amertume mêlée de mépris, et la preuve, c’est que je renouvelle mon toast. Écoutez donc bien, afin que celui qui voudra l’accepter sache à quoi il s’engage en vidant son verre: A celui, dis-je, qui ira tuer la tigresse au milieu de ses roseaux, entre ses deux petits, seul, à pied, et sans autre arme que ce poignard!