—Et cependant le hasard, ou plutôt la Providence, nous avait déjà rapprochés; il est vrai que c’était la nuit, et que vous ne m’avez pas vu.

—Aidez mes souvenirs, dit le comte; je suis fort gauche aux énigmes.

—J’étais dans les ruines de l’abbaye de Grand-Pré pendant la nuit du 27 au 28 septembre.

Le comte tressaillit et porta la main à ses fontes: je fis le même mouvement; il s’en aperçut.

—Eh bien? reprit-il en se remettant aussitôt.

—Eh bien! je vous ai vu sortir du souterrain, je vous ai vu enfouir une clef.

—Et quelle détermination avez-vous prise à la suite de toutes ces découvertes?

—Celle de ne pas vous laisser assassiner mademoiselle Gabrielle de Nerval comme vous avez tenté d’assassiner mademoiselle Pauline de Meulien.

—Pauline n’est point morte! s’écria le comte arrêtant son cheval et oubliant, pour cette fois seulement, ce sang-froid infernal qui ne l’avait pas quitté d’une minute.

—Non, monsieur, Pauline n’est point morte, répondis-je en m’arrêtant à mon tour; Pauline vit, malgré la lettre que vous lui avez écrite, malgré le poison que vous lui avez versé, malgré les trois portes que vous avez fermées sur elle, et que j’ai rouvertes, moi, avec cette clef que je vous avais vu enfouir. Comprenez-vous maintenant?