—Et Pauline! m’écriai-je en joignant les mains.

—Elle a repris connaissance.

Je me levai pour courir à elle, le docteur m’arrêta.

—Écoutez, continua-t-il: l’accident qui vient de lui arriver est grave; elle a besoin avant tout de repos... N’entrez pas dans sa chambre en ce moment.

—Et pourquoi cela? lui dis-je.

—Parce qu’il est important qu’elle n’éprouve aucune émotion violente. Je ne vous ai jamais fait de question sur votre position vis-à-vis d’elle, je ne vous demande pas de confidence; vous l’appelez votre sœur: êtes-vous ou n’êtes-vous pas son frère, cela ne me regarde point comme homme, mais cela m’importe beaucoup comme médecin. Votre présence, votre voix même ont sur Pauline une influence visible... Je l’ai toujours remarqué, et tout-à-l’heure encore, comme je tenais sa main, votre nom seul prononcé accéléra d’une manière sensible le mouvement de son pouls. J’ai défendu que personne entrât dans son appartement aujourd’hui, que moi et ses femmes de chambre; n’allez pas contre mon ordonnance.

—Est-ce donc dangereux? m’écriai-je.

—Tout est dangereux pour une organisation ébranlée comme l’est la sienne: il aurait fallu que je pusse donner à cette femme un breuvage qui lui fît oublier le passé; il y a en elle quelque souvenir, quelque chagrin, quelque regret qui la dévore.

—Oui, oui, répondis-je, rien ne vous est caché, et vous avez tout vu avec les yeux de la science... Non, ce n’est pas ma sœur, non, ce n’est pas ma femme, non, ce n’est pas ma maîtresse; c’est un être angélique que j’aime au-dessus de tout, à qui cependant je ne puis rendre le bonheur, et qui mourra dans mes bras avec sa couronne de vierge et de martyre!... Je ferai ce que vous voudrez, docteur, je n’entrerai que lorsque vous me le permettrez, je vous obéirai comme un enfant; mais quand vous reverrai-je?

—Je reviendrai dans la journée...