Deux heures après, il fut réveillé par une visite domiciliaire; sa maison, à son tour, était envahie par la gendarmerie. On chercha de tous les côtés sans trouver trace du roi. Au moment où les recherches étaient le plus acharnées, son frère rentra; Marouin le regarda en souriant, car il croyait le roi sauvé; mais à l’expression du visage de l’arrivant, il vit qu’il était advenu quelque nouveau malheur. Aussi, au premier moment de relâche que lui donnèrent les visiteurs, il s’approcha de son frère:
—Eh bien! dit-il, le roi est à bord, j’espère?
—Le roi est à cinquante pas d’ici, caché dans la masure.
—Pourquoi est-il revenu?
—Le pêcheur a prétexté un gros temps, et a refusé de le conduire jusqu’au brick.
—Le misérable!
Les gendarmes rentrèrent.
Toute la nuit se passa en visites infructueuses dans la maison et ses dépendances; plusieurs fois ceux qui cherchaient le roi passèrent à quelques pas de lui, et Murat put entendre leurs menaces et leurs imprécations. Enfin, une demi-heure avant le jour, ils se retirèrent. Marouin les laissa s’éloigner, et aussitôt qu’il les eut perdus de vue, il courut à l’endroit où devait être le roi. Il le trouva couché dans un enfoncement et tenant un pistolet de chaque main. Le malheureux n’avait pu résister à la fatigue et s’était endormi. Il hésita un instant à le rendre à cette vie errante et tourmentée; mais il n’y avait pas une minute à perdre. Il le réveilla.
Aussitôt ils s’acheminèrent vers la côte; le brouillard matinal s’étendait sur la mer. On ne pouvait distinguer à deux cents pas de distance: ils furent obligés d’attendre. Enfin les premiers rayons du soleil commencèrent à attirer à eux cette vapeur nocturne; elle se déchira, glissant sur la mer, pareille aux nuages qui glissent au ciel. L’œil avide du roi plongeait dans chacune des vallées humides qui se creusaient devant lui, sans y rien distinguer; cependant il espérait toujours que derrière ce rideau mobile il finirait par apercevoir le brick sauveur. Peu à peu l’horizon s’éclaircit; de légères vapeurs, semblables à des fumées, coururent encore quelque temps à la surface de la mer, et dans chacune d’elles le roi croyait reconnaître les voiles blanches de son vaisseau. Enfin la dernière s’effaça lentement, la mer se révéla dans toute son immensité; elle était déserte. Le brick, n’osant attendre plus long-temps, était parti pendant la nuit.
—Allons, dit le roi en se retournant vers son hôte, le sort en est jeté, j’irai en Corse.