La femme se pencha alors et l'embrassa en disant:

—Dieu nous protège et nous pardonne!

Et elle partit aussitôt. La porte se referma et, quelques minutes après, on entendit le bruit d'une voiture qui s'éloignait. Pierre, les yeux ouverts, semblait écouter; il entendit la voix de son matelot, il ferma aussitôt les yeux, feignant de dormir.

Mais Simon n'était pas éveillé: heureux de sa nuit, dans laquelle il avait retrouvé son maître, il rêvait, et c'était un rêve agréable, car il riait et disait en dormant:

—Oui, princesse… j'accepte et en souvenir de vous, avec l'anneau de votre nez, je me ferai faire des anneaux d'oreilles… je ne les quitterai jamais… Princesse, vous verrez l'Europe… Ne cousez pas tant de diamants sur ma tunique: c'est trop chaud, je suis trop vêtu ainsi… J'étouffe…

Et la sueur suintait sur le front du matelot, qui se tortillait dans son fauteuil.

—Mettez-moi tout de suite mes bottes… en peau d'éléphant bleu… vite… le sable est brûlant… quel soleil… le sable brûle, tonnerre… dépêchez-vous donc… Aïe!… Aïe!… Ah!…

Et le matelot s'éveilla, en se trémoussant dans le fauteuil; croyant mettre ses bottes en peau d'éléphant bleu, il enfonçait ses larges pieds dans les cendres brûlantes; éveillé, il se recula aussitôt; il était temps, la peau s'écaillait.

Il passa la main sur son front mouillé de sueur, sourit avec regret eu constatant que l'heureuse situation qu'il quittait n'était qu'un rêve… et tout de suite sa première pensée fut pour son maître. Il alla, amortissant ses pas, jusqu'au lit et il le regarda. Pierre lui parut changé: il le regarda une seconde fois, et constatant la rigidité de ses traits, il eut peur… L'épouvante le prit alors, il mit sa main sur le front de son maître, la face ne bougea pas, il lui sembla même que le front était froid…

Alors, fou, il jeta un cri terrible et recula.