—Moi, je l'ai en horreur; c'est que dans les voyages on ne vous fait manger que de ça… au service.
—Comment, on vous fait manger du poisson? vous n'avez pas à vous plaindre…
—Mais pas du poisson frais, des salaisons.
—Ah! je ne savais pas ça… nos soldats ont du poisson… en campagne…
—Pas vos pioupious… dans la mar… dans la cavalerie… ça arrive des fois, reprit Sper tout embarrassé; il se leva et alla trouver le garçon à la cuisine et lui commanda le déjeuner.
Lorsqu'ils furent servis, lorsque, le déjeuner près de finir, ils s'étendirent repus sur leurs chaises, Martin, arrivant à la conclusion d'une discussion soutenue la bouche pleine, disait:
—Enfin, mon vieux, vous vous trouvez sans place pour le moment, vous êtes certain d'en trouver une prochainement; mais, pendant les deux mois qu'il faut attendre pour avoir celle-là, vous voudriez avoir un petit emploi.
—Voila! justement, je ne voudrais pas prendre d'engagement; donner un coup de main à un camarade… ça me serait égal de ne pas gagner grand'chose… Je n'ai pas besoin, j'ai mon affaire, des économies qui me permettent d'attendre… Mais je ne veux pas rester à rien faire; on est désœuvré, on ne sait où aller, un camarade ici, un autre là-bas, on cause, on boit, on dépense ce qu'on a et puis on se trouve sans rien… Je veux m'occuper.
—C'est très bien pensé…
Il y eut un silence pendant lequel Sper, assurément peu satisfait du dessert qui lui avait été servi, fouilla dans sa poche et dans une boite de métal prit discrètement… un bonbon sans doute… et le glissa dans sa bouche… Le silence durait toujours, Martin fumait sa pipe; Sper, accoudé sur la table, pensait. Le premier dit: