—Tu reviens enfin, Iza?
—Non, dit-elle, pas encore… mais bientôt… Ce soir, j'ai voulu venir quand même, je ne pouvais plus me passer de te voir… Tu m'aimes toujours, Golesko?
—Toujours, répondit-il simplement en lui pressant les mains, et il l'embrassa. L'attirant sur sa poitrine, penchant sa tête sur son épaule, ils restèrent les cheveux confondus, se souriant. Dans cette hutte, dans cette bauge sordide, immonde, leur admirable et singulière beauté faisait un contraste étrange… C'était un radieux tableau, plus éclatant par son fond misérable. Celui qu'elle avait appelé Golesko n'avait pas vingt-cinq ans, il était superbe. Il était grand, svelte, sans être maigre; les membres étaient robustes; sous son bizarre costume, il était élégant. Il avait le teint cuivré, les yeux étaient noirs; les cheveux châtain brun étaient longs; partagés au milieu, ils retombaient en mèches épaisses sur ses épaules; la moustache douce couvrait à peine les lèvres d'un rouge vif, qui resplendissait par le sourire sur les dents d'une éclatante blancheur.
Sa voix était douce comme un chant, il avait le même accent mélodieux qu'Iza… Il parlait l'allemand adouci par le patois des provinces valaques. C'était un enfant des montagnes. Il portait le costume singulier—étrillé par l'usage—des enfants des monts Karpathes.
—J'ai faim, Georgeo, dit Iza, je suis venue pour souper avec toi…
—C'est seulement pour ça que tu es venue?… Pourtant tu es riche maintenant, tu ne dois manquer de rien.
—Je manque de tout, Georgeo, puisque je manque de toi.
—Viens.
Et Golesko se hâta de dresser deux couverts sur une table boiteuse, c'est-à-dire qu'il y plaça deux gobelets et deux couteaux, puis une grosse miche de pain noir, et au milieu un morceau de papier épais comme du drap, sur lequel était une tranche grasse de jambon.
Il alla chercher dans une malle une grosse gourde de cuir et la mit sur la table en disant: